DISSIBLOG

15 février 2012

La droite française n'existe plus

Invisible, inaudible, disparue, éparpillée façon puzzle, bref, morte et enterrée, la droite française n’existe plus. Entendons-nous bien, le sarkozysme existe bel et bien, lui. Bruyant, tonitruant, changeant. On peine de plus en plus à en saisir le sens précis, mais nous sommes saturés de sa cacophonie. Le pire, c’est que nul, ou presque, à l’UMP, n’ose protester franchement contre les provocations impudentes de ce chef prêt à toutes les outrances pour sauver son fauteuil.

Où sont passés les hussards de la droite ? Le troupeau suit son héros en traînant des pieds, et s’en va à la bataille électorale comme d’autres s’en vont à l’abattoir, comme l’a illustré cette semaine encore le rocambolesque rejet de la "TVA sociale" en commission des Finances à l’Assemblée nationale.

Pire encore, les humiliés de la Sarkozye, martyrisés par ce chef sans égard à leur endroit, rentrent un à un au bercail : Christine Boutin, Hervé Morin, Jean-Louis Borloo, les intermittents de la rébellion rengainent leurs sabres en bois. Ils cachent leurs convictions au fond, tout au fond de leurs poches et abandonnent leurs généreux idéaux pour sauvegarder leurs médiocres intérêts.

Car le seul domaine où le chef de l’Etat aura finalement produit une vraie "rupture", pour reprendre son slogan de campagne de 2007, est sans doute le terrain idéologique. Nicolas Sarkozy n’a pas seulement tourné la page de la division de la droite en trois familles, orléaniste, légitimiste et bonapartiste, autrefois définies par l’historien René Rémond pour accoucher d’une synthèse nouvelle, il a rompu avec les référents historiques qui définissaient ce camp au nom d’une périlleuse ambition, celle d‘éradiquer "tous les tabous".

Sauf que ces "tabous" tant vilipendés sont indispensables au vivre-ensemble. Sans tabous, plus de respect, et plus d’échange démocratique possible. Résultat, sans limites ni garde-fous, le cocktail détonnant du sarkozysme se met à justifier les inégalités, entre individus comme entre "civilisations", parce qu’il érige la vie en société en compétition permanente. Il répudie ainsi l’héritage et les traditions de la droite française. Le sarkozysme n’est pas la droite, c’est autre chose, une mixture idéologique inédite, et dangereuse, qui écorne le pacte républicain et brise le consensus national érigé depuis la Libération autour du modèle social français.

Que Nicolas Sarkozy perde l’élection présidentielle, et on se rendra compte que celui qui passait pour le régénérateur de la droite française en aura été le fossoyeur…

source: Nouvel Obs

Posté par dissidence à 10:27 - France - Commentaires [0] - Permalien [#]
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