DISSIBLOG

20 mars 2013

Chômage de masse organisé ?

C'était un des buts du conseil européen qui s'est achevé vendredi dernier : se pencher sur le chômage. Depuis quelques semaines, la chancelière allemande Angela Merkel ne manque aucune occasion de faire part de son inquiétude concernant le chômage des jeunes en Europe. Rien d'étonnant alors à ce que le conseil ait, dans ses conclusions,  indiqué vouloir faire de l'emploi une « priorité spéciale » et du chômage des jeunes une « priorité particulière. » Mais, concrètement, les chefs d'Etat et de gouvernement se sont bien gardés d'agir.

Cet attentisme pourrait conduire à se poser la question du chômage comme « mal nécessaire » de la politique de dévaluations internes menée depuis 2010 au sein de la zone euro. En pesant sur les marchés du travail, un taux de chômage élevé conduit à une accélération de la baisse du coût du travail. La « bulle salariale » est née dans les années 2000 dans plusieurs pays du sud de l'Europe du fait d'une augmentation trop rapide des salaires au regard de la productivité du travail. Il s'en est suivi une inflation plus forte que dans le nord qui a automatiquement conduit à entretenir cette poussée salariale. C'est ce cercle que les Européens veulent briser aujourd'hui en baissant le coût du travail et les prix, par rapport aux pays les plus compétitifs de la zone. C'est le principe de la « dévaluation interne » qui a été l'option choisie par les Européens en 2010 pour sortir de la crise.

Une étude récente publiée par l'institut IFO de Munich, explique que, face aux déséquilibres internes de compétitivité de la zone euro, trois options se présentaient aux Européens.
La première, c'est la dévaluation externe classique qui suppose la sortie de la zone euro. Cette option a été d'emblée écartée et présentée, dans le cas de la Grèce, comme une forme d'apocalypse. Il restait alors deux autres options :
la réévaluation interne dans les pays forts par une hausse des prix et des salaires et
la dévaluation interne par une réduction forte du coût du travail et une baisse des prix dans les pays en manque de compétitivité.
Mais la première de ces deux options est perçue comme une punition « des bons élèves » en Allemagne, elle n'est donc pas non plus d'actualité. Restait alors à réduire les coûts.

Pour réduire cette « bulle salariale » aussi brutalement que le veulent les plans conçus par les Européens, les méthodes « douces » de réduction du coût du travail sont inopérantes [....] L'ajustement passe donc nécessairement par une réduction des effectifs et des salaires. Autrement dit par la pilule amère du chômage. Pour peser sur les salaires, rien n'est en effet plus efficace qu'un fort taux de chômage. L'offre d'emploi étant réduite et la demande immense, les prix du travail reculent mécaniquement. On a vu, dans le récent accord Renault, une illustration de ce phénomène : par crainte du chômage, les salariés ont accepté des réductions effectives de salaires. Un taux de chômage élevé a donc dans cette logique deux vertus : réduire le coût unitaire du travail et fen avoriser une réduction plus rapide.

Dans une logique de dévaluation interne, d'assainissement de la bulle salariale, le chômage est indispensable : il assure une baisse du coût du travail jusqu'au niveau où est retrouvée la compétitivité. Une fois ce niveau atteint, le chômage peut commencer à décroître lorsque les entreprises regagnent des parts de marché et que l'activité intérieure bénéficie des succès à l'exportation. Dans une telle logique, intervenir pour maintenir l'emploi avant d'avoir atteint ce niveau d'équilibre de l'offre et de la demande ne revient qu'à retarder le processus d'ajustement et à maintenir les déséquilibres internes à la zone euro. On comprend donc que les pays du nord, à l'origine de cette logique, soient opposés à toute action concrète de lutte contre le chômage.

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Posté par dissidence à 15:44 - Europe - Commentaires [0] - Permalien [#]
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