DISSIBLOG

24 mai 2013

La post démocratie en question

"Quand 1 million de personnes défilent dans la rue, à deux reprises, contre le mariage homosexuel, celles-ci sont tellement ignorées par le pouvoir qu’un référendum sur cette question leur est même refusé. Quand les Français se prononcent par référendum contre le traité établissant une Constitution pour l’Europe, les principales dispositions de ce texte leur sont tout de même imposées par le traité suivant, celui de Lisbonne, ratifié directement par l’exécutif.

Ne sont-ce pas là deux exemples récents d’authentiques dénis de démocratie ? Puisque leurs élites politiques et intellectuelles leur imposent leurs choix, faut-il nécessairement en conclure que les Français ne vivent pas en démocratie et que leurs élites font preuve d’un profond cynisme ? Or, celles-ci n’ont nullement mauvaise conscience : leur attitude est, à leurs yeux, rationnelle et parfaitement “morale”. Pourquoi ? Parmi les différents régimes théoriquement envisageables, la démocratie semble être celui qui, à l’époque contemporaine, l’a idéologiquement emporté. Il est certain qu’elle est le système politique le plus en concordance avec l’hypothèse artificialiste posée par la philosophie moderne.

Puisque la société serait le résultat d’un contrat social, il est logique de faire reposer la prise de décision sur ceux qui sont à l’origine de l’existence du corps politique : les citoyens. Mais le peuple se tromperait gravement s’il s’imaginait participer à la même démocratie que ses élites. Pour lui, la démocratie consiste en un processus décisionnel : elle est un moyen permettant d’identifier l’assentiment du plus grand nombre. Mais la démocratie moderne, celle des élites, n’est pas neutre : elle ne saurait se réduire à une “simple” technique de prise de décision. En effet, ce régime est l’aboutissement et l’incarnation du processus qui a théoriquement permis au corps politique d’exister — le contrat social — ; la démocratie moderne repose sur la négation de l’existence d’un ordre cosmologique des choses s’imposant à l’homme. Elle a donc un contenu idéologique fort et doit favoriser la construction d’un avenir conforme aux principes établis lors du supposé passage de l’état de nature à celui de société. Toute autre orientation doit être bannie. Ainsi, les élites intellectuelles, gardiennes de la démocratie moderne, s’efforcent-elles de rejeter hors du débat légitime les positions considérées comme dépassées ou rétrogrades et les sujets supposés témoigner de “phobies” irrationnelles ou contraires aux principes fondateurs. [...]

S’il y a concordance entre la volonté (formatée ? ) des électeurs et des élus, tant mieux, les textes n’en seront que plus facilement appliqués. S’il y a divergence, tant pis : c’est que le peuple n’a pas encore compris le sens inéluctable du progrès. En refusant le mandat impératif et en méprisant la démocratie directe, les élites politiques reconnaissent ouvertement que leur démocratie n'est pas celle du peuple . Combien de temps cette distorsion pourra-t-elle encore durer ?"

Guillaume Bernard dans Valeurs actuelles

Posté par dissidence à 14:16 - France - Commentaires [0] - Permalien [#]
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