DISSIBLOG

27 avril 2015

Marches blanches: une passivité trompeuse ?

Une marche blanche a lieu aujourd'hui en hommage à Aurélie Châtelain, tuée à Villejuif dimanche dernier. Pour le philosophe Christian Godin [ndlr: et un philosophe, un !] , ces marches sont un "nouveau fait de société". Interview:


Résultat de recherche d'images pour "marche blanche"Pour quelles raisons, selon vous, certaines marches blanches rassemblent-elles autant ?

- L'identification aux victimes, bien sûr, et aussi, implicitement, le sentiment qu'on n'est pas bien défendu par un Etat et des pouvoirs publics de plus en plus faibles. Il y a cette idée que l'Etat est en défection, et qu'il est nécessaire de manifester une sorte de solidarité commune, avec un caractère social et collectif.  La société est assez individualiste. La marche blanche est une communion, une réaction contre cet individualisme ambiant, et en même temps une expression d'une certaine méfiance vis-à-vis des pouvoirs publics.

L'apolitisme n'y est selon vous que "de surface". Pourquoi ?

- Force est de constater que du fait de l'occupation de l'espace public, il s'agit d'une manifestation. Et qu'un des buts de la marche est d'être portée à la connaissance du public. Les marches ont souvent lieu dans des villes petites ou moyennes, où leur importance est d'autant plus grande. Des marches blanches se tiennent très régulièrement, sans qu'on en soit forcément informés. La marche se fait dans le silence et la discrétion, mais doit aussi faire un certain bruit médiatique. Ce sens médiatique me fait dire qu'il ne peut aller sans dimension politique.

Vous concluez votre article en écrivant que "nous avons affaire à un fait politique et social, symptomatique des malaises et du mal-être de notre société". C'est-à-dire ?

- La dimension de passivité est importante. Quand le citoyen, membre actif d'un corps politique, est remplacé par le téléspectateur ou le consommateur, la configuration change. On n'a pas envie d'être choqué, c'est quelque chose que l'on subit et qui affecte profondément. Le lien entre la marche blanche et le protocole compassionnel ou émotionnel des médias est, je pense, extrêmement puissant.

La passivité devant les événements et l'histoire reflète aussi une sorte de découragement, de grand scepticisme à l'égard de la puissance publique. C'est un terreau extrêmement fertile pour le populisme. A tort ou à raison, beaucoup de gens ne se sentent pas efficacement protégés par les pouvoirs publics. Sans compter le chômage et les difficultés économiques. Tout cela permet de dire que la marche blanche est le symptôme d'une société en crise.

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Posté par dissidence à 10:46 - France - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Marches blanches et séries noires...

    Vous estimez que les marches blanches sont des "protocoles émotionnels extrêmement puissants"... Je pense quant à moi que les marches blanches sont totalement inutiles, mais incitées par nos politicards pour faire diversion... et oublier ainsi leur incapacité à gérer efficacement le pays. La série noire quasi quotidienne qui endeuille la France n'est que la tragique démonstration de leur incurie : ils font semblant de diriger le pays, mais subissent en réalité les évènement sans pouvoir les contrôler. La guerre de religion a déjà commencée en France et sera suivie de la civile. Les fameuses "chances pour la France" sont sur-armées et attendent le "signal" pour agir. Le citoyen, qu'il soit de souche ou issu de l'immigration, sera victime de ce déferlement inévitable de violence... Mais pendant que les citoyens "marchent" en pleurant, ils oublient de se rebeller contre les responsables de cette situation... Les marches blanches vont donc se succéder car nos dirigeants ne sont pas plus capables d'inverser la courbe de la sécurité que celle du chômage.

    Posté par Kikounache, 27 avril 2015 à 17:39
  • La pleurnicherie médiatico-bien-pensante est là pour ça: ne pas parler des responsables. Et la nouvelle religion "républicaine" reprend les bonnes vieilles ficelles de l'autoflagellation (sans parler de l’inquisition) permanente. Il leur manque juste un hypothétique au-delà "républicain"pour nous faire gober l'enfer du même nom .

    Posté par altercomprenant, 28 avril 2015 à 10:03

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