DISSIBLOG

26 mars 2019

A "gauche" du nouveau ...

Pour aller plus loin

Le 28 novembre 2018, Kuzmanovic, exclu de la liste des Insoumis pour les élections européennes, expliquait dans Marianne pourquoi il quittait le mouvement de La France insoumise.

Après des mois de louvoiements et d’atermoiements – qui, par ces temps de crise politique et sociale que la France traverse douloureusement, apparaissent particulièrement déplaisants –, le comité électoral de la France Insoumise, seule instance constituée de cette formation politique gazeuse, vient de me signifier mon exclusion de la liste des européennes, ensemble avec François Cocq. Cette décision, qui intervient en dépit du soutien massif que m’ont apporté un grand nombre de militants, illustre les écueils de ce mouvement en même temps qu’elle rend manifeste le conflit idéologique qui le traverse de longue date. Immédiatement portée dans la presse, elle m’oblige à y réagir publiquement, précipitant mon départ de la FI et m’obligeant à en expliquer les déterminants.

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Je ne regrette pas ces années de travail acharné et de courtes nuits. Mais un an et demi après la magnifique campagne présidentielle de 2017, la France insoumise est dans l’impasse. Je me suis longtemps battu pour tenter de faire prévaloir la ligne qui me semblait juste ; mais les défauts du mouvement m’apparaissent aujourd’hui structurels et sa réforme, impossible. Radié de la liste des candidats aux européennes, je ne saurais rester « orateur national politique pour les questions internationales et de défense » de cette formation politique. Je vais éviter aux décideurs de la FI de chercher dans des statuts inexistants les raisons pour m’exclure également de cette fonction, dont la définition n’existe pas davantage : je choisis de la quitter.

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La deuxième raison de mon départ, plus importante encore, renvoie à la ligne politique qui a prévalu à la FI depuis l’élection présidentielle. Censée être fixée par le programme L’Avenir en commun, cette ligne a en réalité beaucoup varié au gré de la conjoncture. Si la campagne présidentielle, pendant laquelle Jean-Luc Mélenchon a théorisé la rupture avec le clivage gauche-droite, a été portée par la stratégie populiste, les nouveaux cadres de la FI, arrivés avec la marée du succès et majoritairement issus du militantisme gauchiste, sont vite revenus à leurs vieux réflexes, éloignant le mouvement de la majorité du peuple français.

Cette ligne de la « gauche rassemblée », insistant sur l’intersectionnalité et la non-hiérarchisation des luttes – c’est-à-dire le refus de faire primer le social sur le sociétal – a conduit le mouvement à s’abîmer dans des combats secondaires, voire marginaux. Ainsi, pour donner un exemple, si l’immense majorité des Français soutiennent la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes, la plupart d’entre eux comprennent que les priorités, dans ce domaine, renvoient à l’égalité salariale, à la réduction de la pauvreté féminine, à l’éradication des violences dont les femmes sont victimes ; et non à l’écriture inclusive.

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Pire, le choix de ne s’appuyer, parmi les classes populaires, que sur « les quartiers » a amené la FI à laisser s’installer une approche quasi communautariste, proche du modèle anglo-saxon et profondément contraire au républicanisme français. La complaisance des segments gauchistes de la FI à l’égard des thèses indigénistes, le mépris affiché pour les forces de l’ordre, la négation du problème posé par l’islamisme et le refus de regarder en face les défis posés par l’immigration ont produit des ravages dans notre électorat potentiel, faisant apparaître la FI comme la vieille gauche à peine repeinte, coupable du même angélisme, incapable de réalisme et de fermeté.

À l’heure où les manifestations des gilets jaunes – et les réactions qu’elles provoquent – attestent de la pertinence des analyses de Christophe Guilluy sur l’abandon de la France périphérique, ce choix de la FI apparaît comme un nouvel et tragique avatar du divorce entre le peuple et les élites, fussent-elles de gauche.

Cette ligne me semble à rejeter non seulement du point de vue idéologique – parce qu’elle néglige les préoccupations du plus grand nombre –, mais aussi stratégique, car elle est profondément irréaliste. La gauche traditionnelle ne peut pas, ne peut plus gagner par voie démocratique ; elle ne rassemble, dans le meilleur des pronostics, que 30 % de l’électorat. Si elle s’obstine à s’accrocher à elle-même, elle risque de finir comme la gauche italienne, durablement dispersée façon puzzle.

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Posté par dissidence à 11:09 - France - Commentaires [0] - Permalien [#]
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