DISSIBLOG

11 octobre 2019

La mort programmée de l’homéopathie en France

Après avoir été écartée du remboursement, l’homéopathie va disparaître des plaques des médecins. La mobilisation de ses défenseurs n’a pas été entendue.


 

Plaque, ordonnances, formations universitaires… Après son déremboursement, acté cet été par la Haute autorité de santé, l’homéopathie sera-t-elle rayée de la carte médicale ? Mercredi 3 octobre, le conseil national de l’ordre des médecins a mis fin « aux conditions dérogatoires du droit au titre vis-à-vis de l’homéopathie ».

Concrètement, « les nouveaux médecins qui s’installent ne pourront plus faire la mention d’homéopathe sur leur plaque et leurs ordonnances », traduit un membre du conseil de l’ordre d’Indre-et-Loire, lui-même généraliste pratiquant l’homéopathie, qui préfère garder l’anonymat. Il faudra attendre la création d’un diplôme interuniversitaire d’homéopathie (DIU) – en lieu et place des diplômes universitaires et des centres de formation – que cette mention soit de nouveau autorisée.

« Supprimer le titre, c’est signer l’arrêt de mort de l’homéopathie », augure André Wlodarczak, médecin généraliste et homéopathe à Tours. En septembre, il avait lancé une pétition pour demander de maintenir le statut actuel d’homéopathe. « Un grand nombre de ces courriers sont arrivés à l’ordre départemental et national. On a pris acte, mais la décision appartient à l’ordre », hausse le représentant du conseil de l’ordre tourangeau.

Actuellement en France, on estime à 5.000 le nombre de médecins affichant leur formation d’homéopathe (pouvant justifier d’une formation de 300 heures, universitaire ou non), et à 20.000 ceux qui en prescrivent régulièrement.

La première charge contre cette médecine dite alternative a été lancée en mars 2018 par le collectif Fakemed. Une tribune au vitriol, signée par 124 médecins (dont plus d’une centaine anonymement), dénonçait l’absence de démonstration scientifique des effets de l’homéopathie et dressait un procès en charlatanisme aux médecins la pratiquant. « Ils ont demandé à ce qu’on nous retire le titre de médecin ! C’était violent, meurtrissant », déplore le Dr Wlodarczak. Si quelques-unes des plaintes disciplinaires portées contre ces pourfendeurs de l’homéopathie pour diffamation et non-confraternité ont abouti, leur coup a porté.
"Ils ont demandé à ce qu’on nous retire le titre de médecin"Un an plus tard, les 1.300.000 signatures récoltées par le collectif « Mon homéopathie mon choix » contre le déremboursement n’a eu que peu d’effet. « On nous oppose la démonstration scientifique, les tests en double aveugle, ce qui n’a pas de sens pour l’homéopathie, dont le traitement est propre à chaque patient : mais on n’a pas considéré l’avis des patients qui en tirait un bénéfice », dénonce le médecin élu à l’ordre départemental. « Il y a là un rouleau compresseur qui veut nous empêcher de choisir comment on se soigne », dénonce André Wlodarczak. Comme nombre de ses confrères homéopathes, il se dit avant tout généraliste, proposant le cas échéant à ses patients d’autres solutions que les traitements allopathiques.

Si le bouche-à-oreille peut limiter les effets de la suppression de la mention sur les plaques professionnelles, le déremboursement risque selon ces deux médecins de tarir l’homéopathie à la source. « Un traitement préventif, qui peut revenir à 80 € par mois, aura de grandes chances d’être abandonné », illustre l’un d’eux. Avec à terme, des laboratoires qui risquent de renoncer à produire les molécules les moins rentables.

« Et si on enlève l’homéopathie des mains des médecins, l’autre risque est que les gens se tournent vers des charlatans, plus ou moins formés, qui notent sur une feuille blanche ce qu’il faut acheter, et conseillent d’arrêter tous les traitements allopathiques, sans aucune formation médicale », augure le membre du conseil de l’ordre d’Indre-et-Loire.

Et de donner raison, a posteriori, aux cassandres du collectif Fakemed.

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Posté par dissidence à 13:02 - France - Commentaires [0] - Permalien [#]
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