DISSIBLOG

15 février 2020

Coronavirus: "la quarantaine, c'est pour la plèbe"

Beaucoup de gens vont mourir du Coronavirus. Mais aussi de l'incompétence des politiciens. La pandémie originaire de Wuhan effraie et se répand de jour en jour. Le virus est plus rapide que les bureaucrates en charge de l'endiguer.


 

Depuis le début de l'épidémie en décembre, le foyer infectieux a pris de l'ampleur, essentiellement à cause des mensonges des autorités de la région de Hubei quant à la nature du mal qui frappait les habitants. Le docteur Li Wenliang, ophtalmologue, fut un des premiers à s'alarmer d'une épidémie de pneumonie encore jamais vue, le SRAS pensait-il, et à prévenir les autorités début décembre. Il fut convoqué par la police et forcé à signer une lettre de réprimande dans laquelle il était accusé de "perturber l'ordre social":

"Votre action va au-delà de la loi. Vous envoyez des commentaires mensongers sur Internet. La police espère que vous allez collaborer. Serez-vous capable de cesser ces actions illégales ? Nous espérons que vous allez vous calmer, réfléchir, et nous vous mettons sévèrement en garde : si vous insistez et ne changez pas d’avis, si vous continuez vos activités illégales, vous allez être poursuivi par la loi. Comprenez-vous ?"

-- Rapport de police que le Dr. Li Wenliang fut forcé de signer

Il finit par contracter lui-même la maladie le 12 janvier et en mourut dans la nuit du 6 au 7 février.

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Le Dr. Li Wenliang, peu avant sa mort.

Depuis, les autorités chinoises forcent quatre cent millions de Chinois - pour l'instant - à vivre sous quarantaine. Dans des villes-fantômes, les morts s'accumulent, les malades sont renvoyés des hôpitaux et les citoyens cloitrés commencent à manquer de nourriture.

Les mesures sont-elles au moins efficaces? Il est permis d'en douter. Entre les témoignages de refus de comptabiliser les patients, de morts d'une "pneumonie" directement envoyés au four crématoire et des innombrables innocents qui périssent chez eux, les chiffres de la progression de la maladie pourraient être sous-évalués dans des proportions gigantesques.

Le gouvernement communiste chinois - à l'instar de tous les régimes communistes - n'est pas réputé pour sa transparence et son honnêteté dans l'établissement de statistiques, en particulier lorsque des potentats locaux essayent de préserver les apparences face à la capitale. L'affaire n'est pas sans rappeler la catastrophe de Tchernobyl en 1986, où l'accident fut décelé bien avant toute communication officielle du régime soviétique par les détecteurs de radiation installés en Europe de l'ouest.

Malheureusement, les politiciens occidentaux, dont un grand nombre éprouve bien de la sympathie pour l'idéologie communiste, ne semblent pas meilleurs.

Deux courbes permettent de constater ce qu'il en est.

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La première montre les cas (officiels) de Coronavirus en Chine. La seconde les cas officiels de Coronavirus dans le reste du monde. Les chiffres en valeur absolue sont très différents, mais dans les deux cas la maladie affiche une progression exponentielle.

En d'autres termes, le reste du monde, armé de ses certitudes, de sa médecine avancée et préservé de l'effet de surprise, ne semble pas faire mieux que les communistes chinois empêtrés dans leurs contradictions et leurs mensonges.

Ce n'est pas forcément étonnant.

Depuis le début de la crise, les gouvernements occidentaux, pour ne prendre qu'eux, ont rivalisé de mollesse et de minimisation dans l'ampleur de la maladie. Pendant des mois, les voyages en Chine étaient simplement "déconseillés". L'Iran - l'Iran! - a fermé son espace aérien aux liaisons régulières avec la Chine bien avant les États-Unis, qui les ont eux-mêmes fermées avant la France, et la Suisse. Mais aujourd'hui encore on trouve très facilement de nombreux vols de Pékin à Genève, par exemple - il suffit simplement de faire une correspondance dans un pays tiers.

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Chérie, où va-t-on ce week-end? (Photo d'écran du 12 février)

Comme le résuma un Internaute avec cynisme, "la quarantaine, c'est pour la plèbe."

Le fait que la quarantaine soit la seule stratégie viable face à un virus dangereux contre lequel aucun traitement ni vaccin n'existent n'effleure pas ces grands esprits qui nous dirigent. Le mépris des élites pour le reste de la société ouvre grande la porte à la transmission du virus, mais ce n'est pas vraiment un problème tant que le nombre de cas reste dans des limites "acceptables".

La solidarité des pays dans la maladie permet d'ailleurs de préserver un acquis essentiel du monde d'aujourd'hui, la disparition des frontières. La centaine de millions de mort potentiels d'une pandémie mondiale ne suffit pas à remettre l'idéologie en cause - comme l'histoire le montre amplement pour de nombreuses idéologies.

Comprendre cet état d'esprit permet de remettre dans leur contexte des stratégies en apparence aberrantes, comme la volonté de l'État français d'organiser à trois reprises le rapatriement de ressortissants européens potentiellement malades, directement des régions chinoises touchées jusqu'à la métropole. Certains invoquent en toute décontraction "l'esprit de solidarité" avec leurs ressortissants - un nationalisme mâtiné de racisme à un degré proprement vertigineux - mais d'autres s'inquiètent d'une décision qui, au prétexte de potentiellement mieux soigner une poignée de malades, met en danger une population de 60 millions d'habitants.

Le 30 janvier, la France procédait au rapatriement de 200 Français et d'autres ressortissants européens. 20 passagers présentaient des symptômes (on imagine l'ambiance pendant le vol) et furent dépistés à leur arrivée: tout allait bien! Mais seuls les passagers présentant des symptômes furent testés, alors qu'on sait depuis des semaines que l'incubation du Coronavirus prend du temps, pendant lequel l'hôte asymptomatique est déjà contagieux. Et patatras! Quelques jours plus tard, on appris qu'un autre passager du vol, un Belge, était finalement porteur du virus. Mais qu'on ne s'inquiète pas, la Belgique importe d'autres malades de son côté...

Quand on sait que ce virus hautement contagieux se transmet aisément de personne à personne, a une période d'incubation allant jusqu'à 24 jours et peut survivre jusqu'à 9 jours déposé sur une surface, on imagine sans peine l'expansion possible de la maladie avec tous ces porteurs découverts trop tard. Imagine-t-on les bus, taxis, avions, poignées de porte que tous ces gens ont touché?

L'idée que l'apparition du virus dans nos contrées soit le résultat d'une volonté est profondément choquante, mais peut-être faudrait-il plutôt parler d'absence de volonté, ou de sens des priorités. Ainsi, les éditorialistes, les administrateurs de grands groupes et les politiciens s'inquiètent aujourd'hui plutôt de l'effet de la pandémie sur la croissance, le tourisme ou les chaînes d'approvisionnement - les malades, les morts et la progression galopante des cas d'infection leur semblent des aspects très secondaires. Un responsable chinois invite par exemple les Occidentaux à rouvrir leurs liaisons aériennes (directes) avec la Chine...

Pour des raisons historiques autant que pratiques, les frontières sont les points de contrôle légitimes et efficaces. Pourtant, il semble que nos autorités aient déjà renoncé à s'en servir. Dans la course contre la montre pour trouver des traitements et enrayer la progression de la maladie, certaines méthodes sont devenues idéologiquement inacceptables, et tant pis pour les risques encourus par la population. Après tout, s'il y a des malades un peu partout, il n'y a plus de raison objective de se couper les uns des autres, n'est-ce pas?

Ceux qui espèrent que la crise du Coronavirus sera jugulée par des mesures efficaces prises par les pouvoirs publics locaux doivent s'attendre à de grandes désillusions.

Stéphane Montabert - Sur le Web et sur LesObservateurs.ch, le 12 février 2020

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