Guerre d'Algérie: 50 ans après, la censure continue !
"Au début de chaque année, le ministère de la Culture et de la Communication publie un fascicule recensant les commémorations nationales prévues pour les douze mois à venir, chaque anniversaire étant présenté par un spécialiste. En vue de l’édition 2012, Guy Pervillé, professeur à l’Université de Toulouse - Le Mirail et historien reconnu de la guerre d’Algérie, avait été prié de fournir un article sur la période située entre la signature des accords d’Evian, le 18 mars 1962, et l’accession de l’Algérie à l’indépendance, le 3 juillet 1962. Mais dans la brochure publiée, de longs passages de cette note consacrée à la fin de la guerre d'Algérie ont été coupés, notamment ceux qui exposaient les actes de violence qui se sont déroulés sur le sol algérien après les accords d'Evian . Sur son site, Guy Pervillé s’interroge : « Pourquoi cet acte de censure ? »[...]
Le 26 mars, une manifestation de pieds-noirs, interdite mais pacifique et désarmée, est mitrailléepar la troupe française, rue d’Isly, à Alger : le bilan est de 49 morts et de près de 200 blessés. [...] A partir du 17 avril 1962, comme le rappelle Guy Pervillé, le FLN déclenche une vague d’enlèvements contre la population française dans les agglomérations d’Alger et d’Oran, mais aussi dans le bled. On recensera (chiffre officiel) 3093 personnes enlevées ou arbitrairement arrêtées. Toutes ne seront pas libérées. Le drame occulté des disparus civils européens de la guerre d’Algérie vient de faire l’objet d’une étude scientifique de la part de Jean-Jacques Jordi. Cet historien évalue à 1630 le nombre de victimes jamais retrouvées, dont 1300 entre le cessez-le-feu du 19 mars et la fin de l’année 1962. Mais ce qu’établit principalement Jordi, c’est d’une part que le FLN et son bras armé, l’ALN, ont été les responsables de ces « disparitions » dont le but était de faire partir les Français d’Algérie, et d’autre part que les dirigeants indépendantistes n’ont à aucun moment désavoué ces pratiques, de même que le gouvernement français, qui était au courant des exactions, n’est jamais intervenu autrement que par des protestations diplomatiques, alors que l’armée avait encore la faculté d’agir en Algérie. [...]
Depuis le mois de mars, selon la formule tristement célèbre, les pieds-noirs ont le choix entre la valise ou le cercueil. [...] Parallèlement, un autre drame s’amorce : celui des 150 000 supplétifs musulmans de l’armée française, soldats qui ont cru en la parole de la France. Dès le 19 mars, ils sont désarmés, leurs unités sont dissoutes. Pour le FLN, les harkis sont des traîtres. Les menaces et les agressions à leur encontre commencent alors. Par des filières discrètes, certains officiers font passer leurs hommes en métropole. Le 12 mai, Louis Joxe, ministre des Affaires algériennes, ordonne de les renvoyer en Algérie. Le même jour, le ministre des Armées, Pierre Messmer, commande une enquête sur les départs clandestins de harkis, réclamant des sanctions pour les officiers qui les ont organisés.
[...] Le 5 juillet 1962, premier jour de la République algérienne, à Oran, la fête tourne à la chasse aux Européens. Un massacre, commis sous l’œil des forces françaises qui ont reçu l’ordre de ne pas bouger, fait 700 victimes, dont la moitié des corps n’ont pas été récupérés. [...] Quant aux harkis, c’est au lendemain de la proclamation de l’indépendance qu’ils sont systématiquement liquidés, ou emprisonnés. Selon Maurice Faivre, de 60 000 à 80 000 Français musulmans ont été tués ou ont disparu en Algérie entre 1962 et 1966. [...]"